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Géorgie – un trip bikepacking des montagnes à la côte

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Géorgie – un trip bikepacking des montagnes à la côte

Sortie à vélo - Collection par Manivelle

Né d'une envie de montagne mais d'une envie d'autre part, d'une connaissance, Tamara, prof' de musique, pianiste, géorgienne, amoureuse de son pays qui un jour nous dit :
— Si l'on est curieux il faut « découvrir Georgie ».

Alors en compagnie d'Alain Puiseux pour le numéro 19 du magazine 200, nous avons pris l'avion jusqu'à Tbilissi puis « traversé Georgie », et « aimé Georgie » jusqu'à Batumi, par les terres et parmi les plus belles et hautes routes jamais roulées.

De petites voies serpentant rondement les sommets adoucis par les vents aux sentiers gravel chevauchant les vallées, ce voyage restera gravé comme un des plus merveilleux que j'ai pu réaliser tant par l'immensité de sa nature que par la gentillesse et la discrétion de ses habitants.

Il vous faudra ne pas être trop regardant sur le confort relatif de ce que l'on appelle un hôtel si tant est que vous en ayez besoin suivant la saison.

Si l'envie d'espace et d'aventure était bien au rendez vous de nos souhaits, nous avons choisi le mois d'octobre pour célébrer une certaine tradition du voyage hivernal (ok, pré-hivernal...). Cette période moins dense en tourisme si tant est que la Georgie soit un jour surchargée, est surtout une période de transition où les choses de la vie semblent plus brutes, plus belles, comme un dernier souffle avant de se protéger une bonne fois pour toute pendant la période enneigée. Un moment propice à découvrir la véritable nature d'un pays et de ses habitants.

En voici le trajet et ses notes, à votre tour de découvrir cette contrée à la croisée de toutes les civilisations.

Carte

Tours et Incontournables

    06:23
    90,0 km
    14,1 km/h
    2 280 m
    1 270 m

    Tamara, la conseillère technique, traductrice et maman georgeo-auvergnate de Samshabati, nous a conseillé un itinéraire. Elle est devenue notre maman à nous, le temps d’un voyage.

    La Georgie est grande comme la Suisse. Elle a la forme d’un cheval rupestre sans pattes, ou d’un coin enfoncé à la masse et à l’horizontale sous le pied bot de la Russie à hauteur de la mer Noire. Le Grand Caucase et sa crémaillère géante de sommets à 5000 mètres fait office de barrière, ou de frontière. Derrière, l’ours russe. Au sud, la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le Petit Caucase, des montagnes plus douces. Entre les deux, des plateaux.

    Départ obligé de Tbilissi, capitale et aéroport international. Au nord, des cols fermés et des paramilitaires russophiles. Oublions le nord. À l’est, en une grosse journée de vélo, la frontière de l’Azerbaidjian. Trop proche. Mais à l’Ouest, à environ 500 km, la mer Noire et ses palaces pour milliardaires russes, et Batumi où nous pourrions reprendre un train tout neuf pour Tbilissi. Cela sonnait bien, Batumi. Trois syllabes qui barattent comme un moteur de bateau, la promesse d’une longue descente depuis les montagnes et de trois palmiers.

    Tamara a pris soin de téléphoner pour nous en Georgie pour se renseigner sur l’état des routes, puis elle a cerclé sur la carte quatre petites villes dans lesquelles elle savait se trouver des hôtels. « Routes sont pas toujours très bonnes pour les vélocyclopédistes, vous êtes équipés ?
    — Oui, Tamara. »

    Un mois plus tard, un avion de la Turkish Airlines en provenance d’Istanbul nous a débarqués à l’aéroport de Tbilissi à quatre heures du matin, puis le lendemain, par un matin de pluie battante, au milieu des embouteillages du centre-ville, nous avons pris, plein est, la route de Batumi.

    05:31
    93,6 km
    17,0 km/h
    1 160 m
    930 m

    Au bout de la montée, un col, ses antennes de transmission et un autre plateau, une autre vallée, très large. Celle qui nous emmenait au lac de Tsalka. Desservis par de rares perpendiculaires de la route principale, des villages de plus en plus rares, et de plus en plus pauvres. Sur notre droite, la barrière blanche du Grand Caucase et ses sommets incandescents dans la lumière de la fin d’après-midi. La magnifique menace du froid — c’est elle qui avait dicté notre itinéraire, même si nous étions à cent kilomètres des glaciers.

    J’ai adoré Tsalka, qui n’était rien : deux rues principales à angle droit, et juste ce qu’il faut à un habitant pour survivre et à un voyageur pour poursuivre sa route, comme dans une petite ville du far-west. Une banque, un jardin public, un hôtel, un hôtel de ville, trois épiceries, un garage, tous rideaux tirés sur le froid glacial. Des enfants nous ont guidés, tout heureux de parler quelques mots d’anglais.

    Il nous a fallu un peu de temps pour identifier l’hôtel, qui n’avait pas d’enseigne, sauf celle d’une salle de billard déserte et qui sentait l’humidité. Un hôtel pour voyageurs, pour travailleurs, pas pour touristes. Nous avons dîné d’une soupe et d’un petit verre de vodka offerte par le patron dans un restaurant qui, à part nous, n’accueillait que trois Russes pleins comme des outres.

    Nous avons repris cette route en soufflant sur nos doigts, dans un monde qui se poudrait de sucre glace. Après le lac de Tsalka, un tournant vers le sud, et un col très rond, très doux encore. Se faire gifler par le blizzard n’est pas une punition quand il danse par un grand soleil, et vous emmène à 2000 mètres. Les montagnes sur notre gauche étaient rondes, avec de larges hanches, d’une blancheur parfaite à partir de 1700 mètres. Une option de parcours nous emmenait à 2700 mètres sur des chemins que nous n’aurions jamais trouvés, et l’idée d’aller patauger là-haut, de la neige jusqu’aux genoux, cela nous a fait rire.

    Nous avons suivi la même route que la veille, qui longeait une voie ferrée électrifiée toute neuve, belle comme une maquette géante — en deux jours je n’y ai vu passer qu’un train à charbon, vers le col. Elle se glissait comme nous entre des sommets à 3000 mètres, ronds comme des cloches à fromage, des géants bonhommes qui sur notre gauche couraient jusqu’en Arménie.

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  • 02:57
    73,0 km
    24,7 km/h
    300 m
    1 040 m

    Nous sommes arrivés à Akhaltsikhé dans l’après-midi et une vallée plus tard, par un beau soleil d’hiver. Encore des gorges, un château près d’un confluent, où les fumées bleues des cheminées semblaient être chez elles depuis toujours. La forteresse ottomane d’Akhaltsikhé date du XIIe siècle, elle a été rénovée en 2012 avec un bel enthousiasme, à l’usage des touristes. Mais depuis toujours, tous les envahisseurs qui sont passés par là sont tombés sous son charme.

    L’histoire de la Georgie est déraisonnable, et impossible à résumer. La Georgie est un couloir entre deux chaînes de montagnes, la station de métro République du proche-Orient. Tout le monde s’y croise, depuis toujours.

    Les Georgiens ont vu passer Alexandre le Grand et ses amis, les Romains, les Perses, les Mongols, l’empire byzantin. Et puis encore les Perses, et l’empereur de Russie, qui gobe le pays comme une friandise au début XIXe. Après la révolution de 1917, une brève indépendance. En 1921, la Georgie, patrie de Staline, devient une république soviétique. Elle ne se dégage vraiment de l’orbite russe qu’en 2003, avec la Révolution des roses.

    Dans le petit restaurant d’Akhaltsikhé, la télé, les infos et le patron nous offre du vin — l’une des grandes fiertés du pays.
    Il y a le vin officiel et puis il y a celui des campagnes, en bouteilles de plastique. Celui-là est doux comme un jus de cerise, il en a la couleur et la modestie.

    06:09
    84,5 km
    13,8 km/h
    1 680 m
    1 560 m

    Dehors, près de la voie ferrée, le froid et la nuit envahissent la rue. Depuis les murailles de la forteresse, hier, j’ai vu la vallée que nous allons emprunter, en essayant de deviner le col qui nous attend à 2000 mètres d’altitude, en haut d’une route non revêtue. Hier encore il était fermé par la neige. Tamara a téléphoné à des cyclistes georgiens et à trois stations météo, dont celle de l’aéroport de Tbilissi. Elle nous promet que la route sera ouverte à défaut d’être dégagée. Après le col, nous attendront une longue descente de 150 km, jusqu’au niveau de la mer, et la fin du voyage sur la grève de la mer Noire.

    Nous avançons, Matthieu et moi, avec des pas de 100 km qui chacun nous font enjamber une montagne. Ils sont géographiques. Ils sont logiques. C’est le pays qui dicte, surtout en automne, et il était là avant nous. Ce sont des étapes très anciennes, des étapes de voyageurs, pas de cyclistes. Elles rendent modestes.

    Au matin, nous attendons que le givre disparaisse du toit des voitures pour monter sur nos vélos. Vers l’est, encore. Après deux heures nous sommes à pied d’œuvre ; à hauteur du monastère de Zarzma la route dit au-revoir à la rivière un peu western que nous longions. Un coude à gauche, une pente raide, le flanc d’un vallon, et puis le goudron disparaît pour une soixantaine de kilomètres. La Georgie ne le sait pas encore, mais elle est un paradis du gravel.

    Il nous faudra trois heures pour avaler mille mètres d’ascension, doublés de temps à autre par une vieille jeep russe ou un camion militaire réformé chargé de chaînes comme un bagnard.
    Jusqu’à 1600 mètres la route est sèche ; ensuite la neige fondante la détrempe et la rend élastique et molle. Nous roulons dans la terre spongieuse du dégel, à travers une boue très liquide. Nous passons quelques torrents, lacet après lacet. En haut, une station de sports d’hiver et un village abandonnés. Des photos, et une petite victoire. Ce col de Goderdzi, c’est notre petite médaille, notre plaisir — sans que nous ne nous le soyons avoué, il nous faisait un peu peur. Des grues, des engins de chantier. Une autre station de sports d’hiver sort de terre plusieurs centaines de mètres en contrebas, dans la descente qui nous emmène à Khulo.

    Un minibus grimpe en face de nous, plein pot, en se tortillant sur le verglas. La Georgie est le cimetière des Ford Transit allemands. Suit une Lada en sur-régime. Nous retrouvons le soleil et un peu de chaleur dans la descente, vers Khulo. La route en terre est creusée de nids-de-poule géants, traverse des villages tranquilles. On nous sourit dans une épicerie. Même les chiens nous foutent la paix, pour une fois. La vallée est étroite, nous faisons la course avec le crépuscule.

    98,4 km
    -- km/h
    300 m
    1 390 m

    On nous invite à manger au chaud, dans la cuisine. Au matin, il ne nous restera plus qu’à nous laisser descendre jusqu’à la mer, et Batumi, sur un interminable faux plat. Il ne nous restera plus qu’à retrouver cette plaie qu’est la circulation, jusqu’au front de mer et sa piste cyclable.

    Des familles de touristes russes y font des selfies en tricycle électrique, près de la plage de galets. Côté mer le concours d’architecture des immeubles, à peine achevés et déjà kitchs, enfantins à force d’être prétentieux. Côté ville les rues au carré et les immeubles de briques — et toujours cet amour des Georgiens pour les balcons, qui donnent à la ville un air de Cuba ou de Carré français de la Nouvelle-Orléans.

    Au petit matin, la gare toute neuve de Batumi, et le train assorti, beau et profilé, qui nous ramènera doucement à Tbilissi.

    Ce fut un merveilleux voyage.

    Reportage complet » 200 Magazine n°19

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Collection Stats

  • Tours
    5
  • Distance
    440 km
  • Durée
    21:00 h
  • Élévation
    5 710 m

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